2006 - 2èmes Rencontres de l'Association BPCO : « BPCO, les racines du mal ».

Rencontre 2006 de l'Association BPCO :

Sous le signe de la lutte contre le tabagisme

Pour la 2ème année consécutive, l’Association BPCO a organisé le 15 novembre, au ministère de l’Ecologie et du Développement durable, ses Etats Généraux, placés cette année sous le thème de la « BPCO, les racines du mal ».

Une matinée riche en interventions de qualité.

« Pour la seconde année consécutive, l’Association BPCO a le plaisir de vous accueillir aux  Etats Généraux d’une maladie, la BPCO, ou Broncho Pneumopathie Obstructive Chronique, le jour où cette même pathologie est consacrée par une Journée Mondiale», a précisé le Dr Yves Grillet en introduction aux tables rondes qui se sont succédées sur le sujet. L’Association BPCO, qu’il a l’honneur de présider, rassemble à ce jour 2 114 adhérents, issus du monde médical, notamment des rangs de la médecine du travail, et des malades atteints de la maladie à divers stades et intéressés, tant par des informations sur leur pathologie, que par un meilleur dépistage et une prise en charge plus adaptée.

« En trois ans, notre Association, à son rythme et à sa manière, a fait avancer la cause de la BPCO » a indiqué le Dr Grillet (photo). Une maladie qui, rappelons le, demeure largement sous diagnostiquée et qui, selon les experts sera en 2020 la 3ème cause de décès dans le monde. Après une participation marquée dans différentes opérations de prévention et de dépistage de la BPCO par la mesure du souffle, l’Association a décidé d’initier une opération de dépistage en milieu professionnel. « Pour cela, nous avons réuni un groupe pilote composé de 7 médecins du travail, qui ont participé activement à l’élaboration du projet et le déploient en ce moment dans leurs entreprises pour une période de trois mois », a indiqué le président, en saluant particulièrement leur engagement. « Nous espérons, à l’issue de ce pilote, pouvoir étendre l’opération auprès de 200 médecins du travail en 2007 ». La recherche scientifique n’a pas non plus été absente des préoccupations de l’Association BPCO, qui intervient dans des projets précis en la matière. L’un d’entre eux  porte ainsi sur le suivi d’une cohorte (dite EXACO) de 1 500 patients sur 4 ans, avec pour objectif de déterminer un profil d’exacerbateurs précoces.

La Bataille du Souffle

« Il y a précisément un an, l’Association BPCO ouvrait les 1ers Etats Généraux de la BPCO sous le thème « la Bataille du Souffle », un thème fort et volontariste dont l’objectif était d’alerter les pouvoirs publics sur l’enjeu de santé publique que représente cette maladie et d’accélérer l’engagement de l’Etat » a encore fait savoir Yves Grillet. Une cause entendue à l’époque, la Direction Générale de la Santé (DGS) ayant présenté la veille de cette première manifestation son « Plan quinquennal d’actions BPCO ».

Un « Plan BPCO » 2005-2010, initié par la DGS, qui a été le fruit d’un consensus général, associant les Pouvoirs Publics, les sociétés savantes, diverses organisations professionnelles aux côtés d’associations de malades.

Pour leur édition 2006, les Etats Généraux de la BPCO ont bénéficié de la forte sensibilisation du grand public aux méfaits du tabac, consécutive aux récents débats suscités par la mission parlementaire conduite par l’ancien ministre de la Santé, Claude Evin. Une mission dont les conclusions ont entraîné le gouvernement à adopter un décret conduisant dès l’année prochaine à interdire le tabac dans les lieux publics.
« Signe que nous marchons bien dans le sens de l’histoire, le décret qui officialise cette interdiction est aujourd’hui à la signature des ministres », a conclu le Dr Grillet en introduction aux débats de la matinée. Un décret qui devait paraître le lendemain même de cette journée mondiale consacrée à la BPCO. Tout un symbole !


Député et militant « anti-tabagisme »

« Le matin quand je me rase, je me félicite de n’avoir jamais fumé », a lancé à la salle, Gérard Bapt (photo) député socialiste de Haute-Garonne et soulignant l’ampleur des dégâts que provoque le tabagisme dans nos sociétés et se qualifiant de « militant anti-tabagique ». Rappelant que la loi Evin a posé les premières pierres de l’interdiction de fumer dans les lieux publics que le gouvernement vient d’arrêter par décret pour 2007, le député indiqua en préambule que les prémisses de l’interdiction remontent à 1976 et à une loi promulguée par Simone Veil,  ministre de la Santé de l’époque. Un texte qui en son temps avait déjà permis d’agir sur le sponsoring et sur divers messages publicitaires. Plus récemment, à l’issue d’un rapport de cinq professeurs de Santé publique sur la gravité du problème, le Parlement s’est saisi de la question à l’initiative de Claude Evin, qui a piloté la « mission relative à l’interdiction de fumer dans les lieux publics ». « Le principe d’interdiction de fumer dans les lieux publics a été contourné à l’issue de cette loi Evin, comme une nécessité de concéder aux non fumeurs un « espace protégé », a rappelé le député en soulignant combien ces derniers pouvaient être mal protégés.

Reste que malgré les augmentations successives du prix du tabac et leur effet « positif » sur les consommateurs de cigarettes, la consommation n’a cessé d’augmenter jusqu’en 1980, pour décroître entre 1992 et 1997 (de 3 % par an), et atteindre par la suite un pallier  de stabilité relative jusqu’en 2002, avant de recommencer à diminuer du fait des nouvelles hausses de prix du tabac.Augmentations qui ont souvent été contournées par des achats de cigarettes à moindre prix dans les pays de l’Union Européenne. « Si les Pouvoirs publics ont été relativement discrets au fil des années, les associations se sont montrées plus actives », a fait savoir Gérard Bapt.

Pas moins de 300 actions ont été engagées par celles-ci depuis 1978, mais aucune interdiction de vente n’a jamais été engagée à l’encontre d’un commerce. « La justice a été peu mobilisée et la législation souvent contournée », a noté le député soulignant combien la notion « d’espace réservé aux fumeurs » pouvait être imprécise et vague ! Aujourd’hui une page est tournée et le décret contre le tabagisme passif est entré dans la réalité. Un décret qui désormais permet de protéger efficacement les non fumeurs, notamment les jeunes et les personnes à l’état de santé fragile, mais aussi les salariés travaillant dans les lieux publics. « L’Education nationale, dont 42 % des lycées offraient en 2002 des emplacements réservés aux élèves de plus de 16 ans afin de pouvoir fumer, n’a pas été particulièrement motrice en la matière » a encore souligné le député. Les nouveaux textes permettront ainsi de mettre un terme à cette situation inacceptable en terme de Santé publique.