BPCO et sommeil : quelles sont les nouveautés ?

Il existe des liens étroits entre la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et les troubles du sommeil, en particulier le syndrome des apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS).

Tour d’horizon des connaissances les plus récentes sur ce sujet, commentées lors des Journées Pratiques Respiration Sommeil 2017 (JPRS, 5-8 octobre, Bordeaux).


L’ « OVERLAP Syndrome » mieux appréhendé

Le syndrome "overlap" ou "syndrome de chevauchement" recouvre l’association chez une même personne d’une BPCO et d’un syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS). Ce dernier est défini par au moins cinq pauses respiratoires prolongées, de plus de 10 secondes, chez une personne endormie. Selon une revue scientifique parue en 2017 compilant les études publiées, sa prévalence en population générale oscille entre 1 et 3,6% (1). Mais dès lors que l’on s’intéresse à la coexistence de BPCO et de SAHOS chez ceux qui souffrent déjà d’un SAHOS, les choses se corsent avec, en fonction de la méthodologie des études, de 8% jusqu’à 56% des personnes concernées. A l’inverse, la prévalence du SAHOS chez des personnes diagnostiquées BPCO va de 3% jusqu’à 65%. Conclusion, si on n’a pas encore d’idée précise de la réalité de ce syndrome overlap, celui-ci existe bel et bien.

Une autre étude explorant les liens entre les différentes pathologies associées à la BPCO a sans surprise mis en évidence le poids majeur des comorbidités cardiovasculaires. Le SAHOS en revanche n’est retrouvé que chez 10% des personnes BPCO (2), probablement dû en partie à une sous-déclaration de cette dysfonction ventilatoire nocturne.

Dans la cohorte régionale d’Aquitaine PALOMB (2100 patients suivis depuis trois ans), les apnées du sommeil diagnostiquées par le pneumologue sont présentes chez 20% des personnes BPCO et particulièrement lorsque la BPCO est légère, de stade 1 (30%).

 

Troubles du sommeil, à repérer en cas de BPCO

40% des personnes BPCO déclarent souffrir de troubles du sommeil (3). Plus récemment, une étude sur 1 800 personnes BPCO a confirmé qu’une majorité d’entre elles se plaint d’un retentissement des troubles du sommeil sur leur qualité de vie, avec 66% des patients rapportant des symptômes nocturnes dans le mois écoulé (4). Cette gêne est légèrement sous-évaluée par le médecin comparé aux déclarations des patients, suggérant l’intérêt d’un questionnement systématique du soignant sur les troubles du sommeil chez les personnes BPCO.

Par ailleurs, la qualité du sommeil est globalement médiocre chez les personnes BPCO, avec en premier lieu l’insomnie, les troubles d’endormissement, les réveils nocturnes fréquents, sans que l’on sache s’ils sont liés à un encombrement bronchique, à des sensations de dyspnées (difficultés respiratoires) ou aux apnées elles-mêmes. Ces troubles sont tous responsables d’une fatigue physique (asthénie) diurne.

Les spécialistes déplorent que les récentes recommandations internationales (GOLD 2017) ne mettent pas en avant l’évaluation du sommeil chez une personne BPCO, passant ainsi sous silence l’intérêt du dépistage d’un éventuel SAHOS.

 

BPCO, sommeil et exacerbations : les liaisons dangereuses

Le diagnostic précoce et la prise en charge de la BPCO ont une finalité : prévenir les exacerbations. La preuve n’est plus à faire : plus le nombre d’exacerbations est important, plus la réduction de la survie est nette, et ceci dès deux exacerbations sur les douze derniers mois (5). Par ailleurs, la mortalité suite à une hospitalisation pour exacerbation de BPCO n’est pas négligeable, ceci en dépit d’une prise en charge adaptée, de 33% 400 jours après à 49% 1 000 jours après (6).

Or, chez les personnes "overlap" chez qui le SAHOS n’est pas traité par Pression Positive Continue (le malade dort avec un masque où la pression de l’air inspiré est augmentée d’à peine quelques millimètres de mercure, levant ainsi le barrage mécanique qui empêche l’air de passer) ont une moins bonne survie que celles traitées par PPC (7). Le point à souligner est que leur risque de décéder d’exacerbations liées à leur BPCO est accru. Un argument supplémentaire en faveur du dépistage du SAHOS en cas de BPCO et de son traitement, notamment dans l’objectif de prévenir les exacerbations.

Par ailleurs, des mécanismes inflammatoires communs entre SAHOS et BPCO concourent à un risque cardiovasculaire accru chez les personnes ayant un syndrome overlap (8) mais aussi à la probabilité de présenter d’autres comorbidités cardiovasculaires. Leur risque d’infarctus du myocarde est particulièrement élevé dès 5 jours après une exacerbation et persiste jusqu’à 7 semaines.

 

L’importance du sommeil vis-à-vis de la respiration

Les dernières publications ont permis d’approfondir le rôle du sommeil vis-à-vis de la respiration. Celui-ci agit à trois niveaux : sur le contrôle neurologique de la respiration, sur les muscles respiratoires (diaphragme et muscles intercostaux) et également sur la mécanique ventilatoire au niveau du poumon (résistance au flux d’air etc.).

Il existe de plus un débat sur l’effet potentiellement délétère des corticoïdes au long cours sur les muscles du pharynx. Tous les dysfonctionnements potentiels conduisent à une ventilation insuffisante -hypoventilation-, à une hypercapnie (surcharge du sang artériel en CO2) et à une hypoxémie (diminution de la quantité d'oxygène transportée dans le sang) (8).

 

Prendre en charge à la fois la BPCO et les apnées du sommeil

La prise en charge des personnes ayant un syndrome overlap, c’est-à-dire sur le plan des deux comorbidités, est très bénéfique car associée à une diminution de la mortalité. Déjà, "appareiller" les personnes apnéiques avec la Pression Positive Continue est indispensable, tant pour améliorer la qualité de vie que pour corriger le risque cardiovasculaire associé aux apnées du sommeil.

Dans une étude sur l’utilisation de la PPC chez des patients ayant un SAHOS et une BPCO hypoxémique, ceux n’ayant pas la PPC en plus de l’oxygénothérapie ont une moins bonne survie que ceux ayant la PPC (9). Ces données illustrent bien le rôle majeur de la prise en charge thérapeutique du SAHOS chez des personnes BPCO et en particulier ceux utilisant l’appareil de PPC plus de 4 heures par nuit (10).

 

(1) Shawon et al. Sleep Medicine Reviews 2017 ; (2) Divo et al. Eur Respir J 2017; (3) S. Rennard et al, Eur Respir J 2002 ; 20 : 799-805 ; (4) Ding, Int J of COPD 2017 ; (5) J Soler-Cataluna et al. Thorax. 2005 Nov; 60(11): 925–931; (6) Gunen H et al. Eur Respir J 2005 ; 26 : 234-41 ; (7) Am J C Crit Med 2010 ; 182 : 325-31 ; (8) MC. Nicholas. CHEST 2017 ; (9) Machado Eur Respir J 2010 ; (10) Stanchina et al. Journal of Clinical Sleep Medicine 2015 Vol 9, n°8.

 

Hélène Joubert, journaliste

Merci au Pr Chantal Raherison-Semjen du service des maladies respiratoires au CHU de Bordeaux et à l’Université de Bordeaux (INSERM U1219) pour sa relecture.