Bien amorcer le « virage préventif »

Comme l’alcool et l’alimentation, le tabac est l’un des facteurs de risque majeurs de mortalité évitable dans la ligne de mire d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. L’Association BPCO est en parfait accord avec cette position. Selon les propres termes de la ministre le 18 septembre dernier, "l'objectif est de développer une vision de moyen et long terme" afin de "redonner de l'impulsion et du souffle à nos politiques de santé". Cela devrait se concrétiser sans tarder : une vaste concertation des représentants du secteur de la santé, élus et usagers sur les priorités de la stratégie nationale de santé du gouvernement sera lancée puis une stratégie sera adoptée dès décembre prochain par décret et mise en œuvre dès 2018.

L’un des quatre axes prioritaires décidés sur la base d'un rapport du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) est la prévention et la promotion de la santé au cours de la vie et dans tous les milieux. En effet, l’espérance de vie élevée en France (85,4 ans pour les femmes, 79,3 ans pour les hommes en 2016) cohabite avec une mortalité prématurée et une mortalité évitable encore trop importantes, ainsi qu’une augmentation constante des maladies chroniques.

La BPCO est concernée à double titre par cette annonce, cumulant deux des enjeux prioritaires que sont la lutte contre le tabagisme et l’augmentation des maladies chroniques dont la BPCO constitue un modèle. Pour cela, la prévention englobe l’éducation mais aussi la vaccination, afin de limiter un certain nombre de complications chez les personnes BPCO. Or le paradoxe français envers la vaccination est surprenant : la défiance croît bien que 2 à 3 millions de vies soient sauvées chaque année grâce aux vaccins dans le monde et qu’apparaissent des foyers épidémiques de rougeole et de tuberculose. Ceci alors même que la mise au point de vaccins contre le SIDA ou le cancer concentrent les espoirs y compris parmi le grand public. La prévention passera par l’obligation vaccinale en 2018 de 11 vaccins chez l’enfant, mais aussi par la recherche de tous les moyens possibles dans la lutte contre le tabagisme, comme le paquet de cigarettes neutre ou le paquet à 10 euros défendu par la ministre. L’Association BPCO applaudit.

Dr Frédéric Le Guillou, président de l’Association BPCO