Sevrage tabagique : les thérapies cognitivo-comportementales, pour mettre toutes les chances de son côté

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont l’une des seules approches non médicamenteuses dont l’efficacité est scientifiquement démontrée dans le sevrage tabagique ; ces techniques permettant de doubler les chances de réussite à court et moyen terme.

Les explications du Dr Philippe Guichenez, pneumologue tabacologue au CH de Béziers et auteur de l’ouvrage « Traiter l'addiction au tabac avec les thérapies comportementales et cognitives » (2017)*.

 

Les thérapies cognitivo-comportementales ne sont pas un remède miracle pour abandonner la cigarette. Néanmoins, elles multiplient par deux les chances de stopper le tabac. Elles ne se conçoivent pas seules mais en complément d’un suivi psychologique, de la prescription de substituts nicotiniques -qui multiplient par deux les chances de sevrage- ou des médicaments (varénicline, bupropion éventuellement).

En pratique, « le suivi des personnes souhaitant arrêter de fumer s’étend sur une année environ, au rythme d’une séance individuelle hebdomadaire ou toutes les deux semaines, détaille le Dr Guichenez. Les TCC combinent méthodes comportementales et cognitives. Les premières visent à modifier les comportements problématiques par l’apprentissage de nouveaux comportements incompatibles. Comme par exemple la relaxation, incompatible avec l’anxiété et l’irritabilité puisque l’on ne peut ressentir qu’une seule émotion à la fois. Pour leur part, les méthodes cognitives se focalisent sur les pensées, les émotions et les comportements, en permanente interaction. L’agenda de séances comporte un certain nombre de points à travailler ensemble en consultation, mais aussi des tâches à accomplir seul pour préparer les séances suivantes ».

 

Cinq « outils » pour augmenter la motivation

En 2017, peu de médecins sont formés aux protocoles structurés TCC, c’est pourquoi trop peu de patients en bénéficient en France. Il est néanmoins possible d’utiliser plus facilement les « outils TCC », dont cinq d’entre eux sont des méthodes éprouvées pour augmenter la motivation. La plus classique est la méthode de la « balance décisionnelle ». Il s’agit tout d’abord de recenser les avantages et les inconvénients de continuer à fumer avec un certain nombre d’items que l’on score entre 0 et 100, suivis des avantages et inconvénients à arrêter de fumer, et enfin les avantages à continuer à court terme versus les inconvénients à long terme.

Une autre méthode s’intitule la « lettre de rupture ». Le fumeur écrit une lettre de rupture au tabac, où il décrit ce que lui apporte la cigarette, ses raisons d’arrêter de fumer etc. Cela permet de prendre la décision et de la graver dans le marbre. Il existe aussi la méthode des « cercles vicieux/cercles constructifs » : la mise en évidence du cercle vicieux permet de se retrouver face à la réalité des choses. La mise en place d’une vie sans tabac dans le cercle constructif produira un effet positif sur la motivation.

La méthode « L’histoire de ma vie » consiste à déplacer le curseur entre tout sacrifier au présent (« je fume par plaisir ») ou tout sacrifier à l’avenir. S’ensuit un entretien avec la personne pour analyser ses choix et évaluer sa réelle motivation à arrêter de fumer sur le long terme.

La cinquième technique est celle des « Je dois /Il faut ». On apprend à repérer avec le patient les phrases débutant par l’expression « Il faut » et l’émotion qu’elle génère ; toute phrase commençant par « Il faut » augmentant la consommation tabagique. L’idée est alors d’apprendre à construire des phrases moins toxiques.

L’Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC)** est l’organisme national qui répertorie tous les thérapeutes formés aux TCC en France. Si peu de tabacologues sont formés spécifiquement à ces techniques dans le sevrage tabagique, d’où l’utilité de ce nouvel ouvrage, un thérapeute TCC peut néanmoins prendre en charge une personne désirant cesser de fumer. L’ouvrage, très détaillé et accompagné de cas cliniques approfondis, s’adresse en premier lieu aux professionnels de santé mais est abordable pour quiconque s’intéresse aux TCC.

Les TCC en 4 étapes 

1. L’alliance thérapeutique, scellée lors d’un colloque singulier médecin-patient, empathique, authentique, chaleureux et professionnel, en utilisant la technique d’entretien des 4R (reformuler, résumer, recontextualiser, renforcer).

2. Puis c’est au tour de l’analyse fonctionnelle. Elle permet de définir et de comprendre le fonctionnement d'une personne maintenant et dans le passé. Il existe une part synchronique (ici et maintenant) et une part diachronique (histoire du problème). Elle se pratique avec la méthode des cercles vicieux (prise de conscience de la situation, des émotions, des pensées automatiques, du comportement et des conséquences).

3. S’ensuit la mise en pratique des méthodes comportementales (relaxation, contrôle du stimulus…) et cognitives. Ces dernières sont elles aussi découpées en quatre phases : la mise en évidence des pensées automatiques (« ça va me calmer », « ce n'est pas grave »), la modification de celles-ci avec les cinq colonnes de Beck*, la mise en évidence puis la modification des erreurs de logique comme la minimalisation et maximalisation « c’est pas grave », « j'ai repris c'est fichu ») et enfin, l’expression des croyances des fumeurs suivie de leur modification.

4. L’évaluation avant, pendant et après la thérapie.

*A. Situation (stress au boulot). B. Emotions (anxiété). C. Pensées automatiques (ça va me calmer de fumer). D. Pensées alternatives et nouvelle émotion (« la cigarette calme sur le moment est seulement une impression, la relaxation fonctionne bien dans ce cas-là, nouvelle émotion moins anxieuse »). D. Comportement avec la pensée modifiée (« j'applique la relaxation et je prends une gomme à la nicotine »).

 

Hélène Joubert, journaliste

 

*« Traiter l'addiction au tabac avec les thérapies comportementales et cognitives ». Philippe Guichenez. Editions Dunod 2017

 

** www.aftcc.org