Monde : la lutte contre le tabac s’intensifie

La responsabilité du tabagisme dans la survenue de maladies croît à travers le monde, en particulier dans les pays à faible revenu. Au niveau du globe, le tabagisme était en 2015 la seconde cause de mort prématurée et de maladies avec 11,5% des décès imputables au tabac. Chine, Inde, Etats-Unis et Russie comptabilisent, à eux seuls, la moitié des décès attribuables au tabac dans le monde. Mais tout n’est pas noir. Publiée dans une revue scientifique de premier plan, le Lancet, une très vaste enquête épidémiologique internationale (The Global Burden of Diseases, Injuries and Risk Factors Study ; GBD) (1) dessine une évolution plutôt favorable des habitudes de consommation dans 195 pays, par sexe et par tranches d’âges depuis 1990 jusqu’à aujourd’hui : dans ces quatre nations à haut risque, les consommations de tabac sont à la baisse comme dans l’immense majorité des autres pays.

Quatre d’entre eux se distinguent néanmoins dans le mauvais sens : le Congo et l’Azerbaïdjan pour les hommes et le Koweït et le Yimor-Leste pour les femmes ou le tabagisme a continué de progresser entre 2005 et 2015.

Globalement, 25% des hommes et 5,4% des femmes fument chaque jour en moyenne au niveau mondial, soit une réduction significative de près de 30% chez les hommes et de près de 35% chez les femmes.

A noter, on ne fume pas aux mêmes âges selon que l’on est un homme ou une femme. Chez l’homme, la prévalence du tabagisme suit la courbe de l’âge, autrement dit plus on est âgé, plus on fume. En revanche, aucune relation nette avec l’âge ne peut être établie chez la femme où les habitudes de consommation divergent selon le niveau de développement du pays.

Par ailleurs, toujours selon cette analyse réalisée par le GBD, surtout dans les pays au niveau économique faible ou moyen, plus la population augmente, plus l’espérance de vie progresse. Et plus le tabac contribue à la survenue précoce de maladies ! Bien entendu, tous les pays ne se ressemblent pas mais la tendance globale permet d’espérer un recul progressif du tabagisme.

Canada, Islande, Angleterre, en guerre contre la cigarette

Pour éliminer la cigarette, certains pays ont employé la manière forte.

De 23% de jeunes islandais fumeurs en 1998 à 3% en 2016… les mesures instaurées par l’Islande (développement des activités en groupe, fréquence augmentée du temps passé avec les parents, interdiction de sortie au-delà d’une certaine heure, éducation à la santé à l’école, paquets de cigarettes occultés à la vue, campagnes choc dont l’impact du tabac sur la sexualité, ambassadeurs « peoples » anti-tabac etc.) ont porté leurs fruits (2-3).

Afin de diviser par deux le nombre de fumeurs et de viser un taux de 5 % d’ici 2035, le gouvernement canadien a lancé le 22 février 2017 une consultation publique et propose toute une série de mesures dont la conclusion de nouveaux partenariats multisectoriels novateurs, le paquet totalement neutre, l’interdiction du menthol et un projet de loi sur le vapotage.

Quant à l’Angleterre, elle recense 17 % d’adultes fumeurs contre environ 30 % en France. Pour parvenir à cette réduction entre 1992 et 2011, le prix du paquet de cigarettes a grimpé de plus de 200 %, d’où une chute des ventes de près de 50% (4). Le tout associé à une politique globale associant répression, prévention et aide à l’arrêt du tabac. Idée à suivre, son réseau de Stop Smoking Centres est vaste. Ces centres dédiés orientent le candidat au sevrage vers des professionnels ayant reçu une formation spécifique, qu’ils soient infirmières, pharmaciens, psychologues ou travailleurs sociaux.

 

Hélène Joubert, journaliste

 

Références :

(1) GBD 2015 Tobacco Collaborators. Smoking prevalence and attributable disease burden in 195 countries and territories, 1990–2015: a systematic analysis from the Global Burden of Disease Study 2015. Lancet. 2017 Apr 5. doi: 10.1016/S0140-6736(17)30819-X ; (2) Interview de S. Lebigot sur Atlantico.fr, parue dans le blog www.drogaddiction.com, le blog du Centre National de Prévention d’Etudes & de Recherches en Toxicomanie, publiée le 24 janvier 2017 ; (3)D’après une analyse demandée à LJCommunication/ 2017 par l’Association BPCO ; (4) www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sante/En-Angleterre-politique-anti-tabac-fait-preuves-2017-03-22-1200833793.