Jeunes et tabac, le « déni du risque » ?

Selon les dernières données du Baromètre santé-tabac (1) en 2016, 35,7% des garçons et 25,2% des filles entre 15-24 ans fumaient régulièrement. L’unique infléchissement significatif depuis 2010 est observé chez les jeunes femmes. Faut-il être optimiste pour autant vis-à-vis de l’entrée dans le tabagisme des jeunes ? Pas si sûr. Les messages et les photos percutantes, imprimés sur les paquets de cigarettes désormais neutres, ont-ils un effet dissuasif chez les jeunes ? Là, aussi, aucune certitude. Ce paquet sombre, dénué d'images attractives, semble pour sa part être dissuasif notamment chez les jeunes. Mais pour l’instant, dans les faits, l'arrivée du paquet neutre ne semble pas avoir les effets escomptés : en comparaison aux trois premiers mois de l'année 2016, les livraisons de cigarettes aux buralistes ont augmenté de 1,4% depuis début 2017. Quant aux images choc, certains experts estiment que si elles interpellent au début, leur effet est éphémère s’il n’est pas accompagné de messages de prévention ni de suivi tabacologique des patients. Depuis mai 2017, quatorze nouvelles photos choc sont venues renouveler l’effet visuel « coup de poing », portant leur nombre à quarante-deux.

Au Canada, le premier pays a avoir employé ce type d’images, l’effet était positif, mais difficile à distinguer de l’ensemble des mesures très volontaristes anti-tabac.

Sans remettre en cause les mesures prises en France, le Dr Dan Velea, psychiatre addictologue (Paris) émettait l’hypothèse de l’effet potentiellement inverse chez les jeunes (3). Ces images pourraient les pousser à défier la mort, estimait-il. La première impression de dégoût passée, l’enjeu pourrait être de défier la cigarette, pour se montrer plus fort qu’elle et ses conséquences si terribles.

Mais une chose est sûre : si l’on parvient à prévenir l’usage du tabac chez les adolescents et jeunes adultes, la probabilité qu’ils ne deviennent jamais fumeurs est très élevée. L’addiction est en effet d’autant plus forte que le tabagisme a commencé tôt dans la vie (2).

 

L’éducation, la prévention sont les maîtres mots

Avec un tiers de fumeurs, la fréquence du tabagisme en France reste nettement plus élevée que dans les pays voisins : l’Allemagne compte environ un quart de fumeurs, comme l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas ; l’Italie et la Grande-Bretagne en comptent environ un cinquième (1). Le chemin est encore long, même si les jeunes se sentent informés. A ce propos, les jeunes se distinguent du reste de la population : ils se sentent un peu plus souvent bien informés que les 31-75 ans sur le tabac (4). A 94%, ils font clairement le lien entre tabac et cancer. 42% se sentent informés sur les actions de prévention, chiffre qui monte à 47% chez les plus de 17 ans (5). Néanmoins, seuls 46% des jeunes ont le sentiment de connaître les causes et facteurs de risques de cancer.

La position de l’Organisation Mondiale de la Santé est en faveur d’une action pédagogique s’adressant à toutes les tranches d’âge pour mieux modifier le comportement des jeunes plutôt que des campagnes qui leur sont spécialement destinées (6). Le débat est ouvert.

 

Hélène Joubert, journaliste

 

(1) BEH n°12/30 mai 2017 ; (2) L’Express du 21/04/11 ; (3) www.drogaddiction.com, le blog du Centre National de Prévention d’Etudes & de Recherches en Toxicomanie/2017 ; (4) baromètre santé 2010, INPES ; (5) Sondage Opinjon Way 2017 pour la Ligue contre le cancer ; (6) D’après une analyse demandée à LJCommunication/ 2017 par l’Association BPCO.