« Dénormaliser » le tabagisme par l’éducation

Le Baromètre santé-tabac 2016 est tombé le 30 mai : en France, l’an dernier, 28,7% des 15-75 ans fumaient du tabac quotidiennement*. Au-delà de cette stagnation, inquiétante, qui ne peut que traduire un échec des politiques publiques, cette apparente stabilité depuis 2010 cache quelques disparités. Alors que le tabagisme régresse chez les hommes entre 24 et 34 ans et les jeunes femmes de 15 à 24 ans, cette lueur d’espoir est entachée d’un triste constat : la progression du tabagisme chez les femmes dans les tranches d’âge les plus élevées mais aussi parmi les deux sexes au sein des classes défavorisées. Les inégalités sociales en matière de tabagisme se creusent, rejoignant celles observées dans l’obésité et le surpoids, le diabète ou l’alcoolisation chronique.

Néanmoins, ces chiffres ne tiennent pas compte de l’impact éventuel des mesures instaurées fin 2016 dans le cadre du Programme national de réduction du tabagisme 2014-2019, tels l’augmentation du remboursement des substituts nicotiniques, la campagne « Moi(s) sans tabac » ou le paquet neutre. Nous attendons avec impatience le prochain Baromètre santé pour en mesurer éventuellement les retombées.

Cette dernière mesure du « paquet neutre » était l’une des revendications de l’Association BPCO, avec la diffusion de grandes campagnes d’information axées sur des messages « choc ». Mais en 2017, pour lutter pied à pied avec le marketing de l’industrie du tabac et la pression sociale notamment chez les jeunes, les modes d’information et de sensibilisation doivent s’adapter au public ciblé, via les réseaux sociaux, YouTube… Dans notre enquête qui sera dévoilée le 9 novembre à l’occasion des 10e Rencontres de l’Association BPCO au Sénat (9 novembre), seuls 7% des moins de 25 ans connaissent Tabac Info Service.

Si la lutte contre le tabac doit se mettre à la page, l’autre versant de la prévention qui a démontré son intérêt chez plusieurs de nos voisins européens est l’éducation à la santé à l’école. Une prévention efficace doit rompre l’aspect uniquement organisationnel et institutionnel pour une éducation à la santé très tôt dans la vie, dès l’école élémentaire. Cela n’existe pas en France contrairement aux pays anglo-saxons et beaucoup de nos professionnels de santé ont été découragés par la difficulté à faire entrer le moindre message de prévention dans les enceintes des collèges et lycées. Cela doit changer.

 

Dr Frédéric Le Guillou

Président de l’Association BPCO

 

*BEH N° 12 | 30 mai 2017