Une idée contre le tabac

« 3 JOURS »

Dans la guerre contre le tabac, au-delà des politiques de santé publique, des initiatives personnelles peuvent apporter leur pierre à l’édifice.

En mars 2017, Jean-Pierre Jury, employé du groupe La Poste (Plateforme Industrielle Courrier Val de Loire) et malade souffrant de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) a soumis à sa direction une proposition de bon sens. « Afin de motiver le groupe La Poste à mettre en place des mesures de prévention vis-à-vis des méfaits du tabac dont la BPCO, l’idée est de rester pragmatique et d’actionner un levier auquel les directions d’entreprises sont particulièrement sensibles : les coûts, explique-t-il. Sachant que les agents fumeurs s’octroient cinq à vingt minutes au bas mot de pause quotidienne pour fumer sur leur lieu de travail et pendant leur temps de travail, cela revient à un minimum chaque année de 3,61 jours non travaillés pour chaque fumeur, si l’on se fonde sur un nombre moyen de jours annuels travaillés de 260. »

 « 3 jours », un chiffre qui marque les esprits et qui peut parler aux dirigeants. Au vu du nombre d’employés du groupe La Poste (près de 224 000 en 2015) rapporté au pourcentage de fumeurs en population générale (32% des hommes, 26% des femmes), la perte de productivité est considérable et vaut pour toutes les entreprises. A cela s’ajoute le fait que les conséquences sanitaires du tabagisme engendrent un nombre considérable d’arrêts maladie, difficile à évaluer.

S’il ne s’agit pas de stigmatiser les fumeurs, la volonté est bien de lutter contre la pause « cigarette » banalisée et tolérée, encore en 2017. Jusqu’à devenir souvent, en parallèle à la satisfaction d’une addiction, un acte de « coolitude » (ou « cool-attitude »).

La BPCO ne se voit pas, tout au plus imagine-t-on que son collègue, son supérieur hiérarchique etc. est essoufflé et peine à la tâche pour diverses raisons dont une « inoffensive » (!) inadaptation à l’effort, l’âge, un surpoids ou la conséquence inévitable de longues années de tabagisme, considérée avec une indulgence et un fatalisme dramatiques et persistants.

« Tout le monde serait gagnant si l’on instaurait des mesures de prévention en entreprise, assure Jean-Pierre Jury. Avec, en premier lieu, un meilleur avenir pour la santé des employés ainsi qu’une rentabilité individuelle améliorée et une image positive de La Poste aux yeux du grand public ».

Outre une participation financière de l’entreprise aux moyens médicamenteux de sevrage tabagique et un coup de pouce de la part de la mutuelle de La Poste, Jean-Pierre Jury demande une collaboration active sur les lieux de travail avec la médecine du travail et l’intervention sur site d’une association trois fois par an, couvrant l’ensemble des méfaits du tabac sur la santé. La création d’une salle de sport serait un moyen supplémentaire judicieux pour compenser la sensation de manque mais aussi de maintenir sa force musculaire et sa capacité respiratoire.

Les arguments portent. Seront-ils entendus ?

 

Hélène Joubert, journaliste