AXA se désengage du secteur des cigarettiers

Un assureur français montre la voie à suivre

Le groupe d'assurance français Axa a fait savoir le 23 mai, à quelques jours de la Journée Mondiale de lutte contre le tabac, son intention de se désengager de l'industrie du tabac en cédant ses actifs liés à ce secteur pour environ 1,8 milliard d'euros.

Par sa décision, Axa, qui se présente comme un "assureur santé et investisseur responsable", souhaite "soutenir les efforts des gouvernements" pour réduire la consommation de ce produit. Il a ainsi annoncé lundi 23 mai qu'il allait "immédiatement céder" les actions du secteur du tabac qu'il détient et dont la valeur actuelle s'élève à environ 200 millions d'euros. A cet effet, le groupe va également "cesser d'investir dans des obligations d'entreprises de l'industrie du tabac" et "réduire progressivement son portefeuille d'obligations émises par ces mêmes sociétés, dont la valeur s'élève actuellement à environ 1,6 milliard d'euros".

Les assureurs font partie de la solution

Axa, dont l'ensemble des primes santé s'est élevé à "près de 12 milliards d'euros" en 2015, est le "premier assureur global" à faire ce choix, a affirmé à l'AFP un porte-parole du groupe. "Cette décision a un coût mais notre conviction est claire: le coût humain du tabac est dramatique, son coût économique est énorme", indique de son côté l'Allemand Thomas Buberl (photo), futur directeur général du groupe. "En matière de prévention, les assureurs font partie de la solution. C'est la raison pour laquelle la poursuite de nos investissements dans des entreprises de l'industrie du tabac n'a plus de sens", explique-t-il.

Cette annonce intervient trois jours après l'entrée en vigueur du paquet de cigarettes neutre, c'est-à-dire sans logo ni couleur distinctive, en France et au Royaume-Uni. Elle survient un an après que la compagnie d'assurance a décidé de se désinvestir du secteur du charbon à hauteur d'environ 500 millions d'euros. Visant "une approche plus cohérente avec la stratégie de développement durable" en matière de changement climatique, le groupe s'est engagé en parallèle à tripler ses investissements verts d'ici 2020 pour les porter jusqu'à 3 milliards d'euros.

L'abandon des actifs liés au tabac d'Axa est "une étape clé dans la bonne direction", a fait savoir Cary Adams, patron de l'Union internationale contre le cancer (UICC). L'initiative "Des portefeuilles sans tabac", lancée en Australie pour réduire puis éliminer les investissements des fonds de pension dans l'industrie du tabac, "va continuer à encourager les entreprises à suivre l'exemple" d'Axa, a ajouté ce dernier.

Rappelons que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que d'ici 2020, le tabac sera la principale cause de décès et d'incapacité, avec plus de 10 millions de victimes par an. Le tabagisme entrainera alors plus de décès à travers le monde que le Sida, la turberculose, la mortalité maternelle, les accidents de voiture, les suicides et les homicides combinés.

J-J Cristofari (avec AFP)